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Conseils

Livres adaptés et police dyslexie : ce qui aide vraiment, d'après les études

Espacement, taille des lettres, lignes courtes, syllabes en couleur, polices « dys », livres audio : ce que la recherche a vraiment montré, ce qui reste incertain, et comment choisir un livre pour un enfant dyslexique.

L'essentiel
Les polices dites « dys » n'ont pas montré d'effet propre dans les études contrôlées : quand elles semblent aider, c'est leur espacement qui joue.
Un espacement plus large entre les lettres, des caractères assez grands et des lignes courtes ont donné des résultats encourageants, mais pas pour tous les enfants.
Le meilleur livre adapté reste un texte à sa portée qui l'intéresse : testez la mise en page avec lui plutôt que de vous fier à une étiquette.

Pourquoi la mise en page peut compter

La dyslexie est d'abord une difficulté à associer les lettres et les sons et à automatiser la lecture des mots. Mais une partie des enfants dyslexiques est aussi plus gênée que les autres quand les lettres sont serrées : les chercheurs parlent d'« encombrement visuel » (crowding), un phénomène qui perturbe la reconnaissance d'une lettre entourée de ses voisines. C'est cette piste qui a nourri l'intérêt pour les livres « adaptés » : plus d'espace, des lettres plus grandes, des lignes plus courtes.

Il faut garder les proportions en tête : une mise en page plus aérée peut rendre la lecture moins coûteuse, elle n'apprend pas à lire. Elle accompagne l'entraînement et, s'il y a lieu, le suivi par l'orthophoniste, sans les remplacer.

Ce qui a montré un effet

Ces résultats viennent de quelques études, parfois sur des groupes modestes, et ne s'appliquent pas à tous les enfants. Ce sont des pistes sérieuses à essayer, pas des garanties.

  1. 1L'espacement entre les lettres. Dans une étude publiée en 2012 dans la revue PNAS, un large échantillon d'enfants dyslexiques italiens et français a mieux lu un texte quand les lettres étaient très espacées, immédiatement et sans entraînement. Les auteurs l'expliquent par la sensibilité de ces enfants à l'encombrement visuel. Attention au dosage : une étude de 2020 a montré qu'élargir l'espace entre les lettres sans élargir aussi l'espace entre les mots ralentit la lecture.
  2. 2La taille des caractères. Une étude américaine de 2005 a mesuré la vitesse de lecture d'enfants de 7 à 10 ans sur douze tailles de caractères. Les lecteurs dyslexiques avaient besoin de caractères plus grands que les autres pour atteindre leur vitesse maximale. Au-delà d'une certaine taille, agrandir encore ne change plus rien.
  3. 3Les lignes courtes. Chez 103 lycéens dyslexiques, lire sur une petite liseuse réglée pour n'afficher que quelques mots par ligne a amélioré la vitesse ou la compréhension, mais seulement pour certains profils : ceux qui avaient le plus de mal à déchiffrer lisaient plus vite. Les auteurs attribuent le bénéfice aux lignes courtes plutôt qu'à l'appareil.

Ce qui n'est pas démontré

  1. 1Les polices dites « dys ». Plusieurs polices ont été dessinées pour les personnes dyslexiques, avec des formes de lettres censées éviter les confusions. Dans deux expériences publiées en 2018 auprès de plus de 300 enfants avec ou sans dyslexie, l'une d'elles n'a permis de lire ni plus vite ni plus juste qu'en Arial, et la plupart des enfants préféraient Arial. Une étude de 2017 sur une autre police « dys » n'a pas trouvé d'amélioration non plus. Enfin, une étude de 2016 a montré que le petit gain observé avec une police « dys » disparaissait quand on donnait à l'Arial le même espacement : ce sont les espaces qui aident, pas la forme des lettres.
  2. 2L'interlignage. Il est souvent conseillé d'aérer les lignes, et cela rend la page plus confortable. Mais nous n'avons pas trouvé d'étude solide qui mesure son effet sur la lecture des enfants dyslexiques.
  3. 3Les syllabes en couleur. Alterner deux couleurs pour séparer les syllabes aide certains lecteurs débutants à découper les mots. C'est une aide pratique, mais nous n'avons pas trouvé d'étude rigoureuse qui en mesure l'effet chez les enfants dyslexiques. Gardez-la si votre enfant dit qu'elle l'aide, et allégez-la quand il n'en a plus besoin.
Une police « dys » ne fait pas de mal : si votre enfant la préfère, rien n'empêche de l'utiliser. Mais ne payez pas plus cher un livre pour cette seule raison, et regardez plutôt l'espacement et la taille.

Les livres audio : un accès au récit

Les livres audio ne font pas travailler le déchiffrage, mais ils donnent accès aux histoires, au vocabulaire et au plaisir du récit sans la barrière de la lecture. Une étude italienne de 2010 a comparé deux groupes de 20 préadolescents et adolescents dyslexiques pendant 5 mois : ceux qui utilisaient des livres audio ont progressé en précision de lecture, se sentaient moins mal à l'aise et étaient plus motivés à l'école. L'étude est petite et demande à être confirmée, mais elle montre que l'écoute ne détourne pas de la lecture.

Une bonne formule consiste à alterner : écouter un chapitre, puis lire soi-même un passage court, ou suivre le texte des yeux pendant l'écoute. L'enfant garde le fil de l'histoire et continue à s'entraîner. Pour les plus grands, c'est aussi une façon de suivre les lectures demandées en classe, comme le décrit notre article ado au collège qui a du mal à lire.

Comment choisir un livre pour votre enfant

  1. 1Un texte à sa portée. Si votre enfant bute sur plusieurs mots par ligne, le texte est trop difficile, même bien mis en page. Mieux vaut un livre un peu « facile » qu'il lit jusqu'au bout.
  2. 2Un sujet qui l'attire. Bande dessinée, documentaire, humour, enquête : la motivation pèse autant que la typographie. Notre article mon enfant n'aime pas lire donne des idées pour retrouver l'envie.
  3. 3Une page aérée. Des caractères assez grands, de l'espace entre les lettres et entre les mots, des lignes pas trop longues, une police simple sans italique.
  4. 4Des chapitres courts. Finir un chapitre d'une traite donne un sentiment de réussite qui encourage à continuer.
  5. 5Un essai avec lui. Faites-lui lire une minute deux mises en page différentes du même texte et demandez-lui laquelle est la plus confortable. C'est le principe du défi record, qui chronomètre une même lecture pour voir les progrès.

Le plus important : lire un peu chaque jour

Les auteurs de l'étude de 2012 le rappellent : lire davantage reste le moyen le plus efficace de progresser, et c'est justement ce qui coûte le plus à un enfant dyslexique. Une mise en page confortable sert à rendre cet entraînement quotidien moins pénible. Pour essayer, les syllabes en couleur proposent un court texte découpé, et une histoire comme L'œuf du volcan se lit en quelques minutes avec les plus jeunes.

Fluencia propose aussi un entraînement de 15 minutes par jour : votre enfant lit à voix haute une histoire à son niveau, l'assistant écoute sa lecture et lui pose des questions, et vous recevez le point de la semaine. C'est un complément au suivi par l'orthophoniste, jamais un remplacement. Si vous vous demandez encore d'où viennent les difficultés, notre article signes de dyslexie : quand s'inquiéter vous aidera à faire le point.

Fluencia propose 15 minutes d'entraînement par jour, en autonomie, avec des histoires qui donnent envie de lire. Essayer 7 jours

Questions fréquentes

Les polices pour dyslexiques sont-elles efficaces ?

Les études contrôlées n'ont pas montré d'effet propre des polices dites « dys » : les enfants n'y lisent ni plus vite ni plus juste qu'en Arial. Quand un petit gain apparaît, il vient de leur espacement plus large, qu'on peut obtenir avec une police courante.

Quelle police choisir pour un enfant dyslexique ?

Une police simple et courante, sans italique, avec des caractères assez grands et un espacement généreux entre les lettres et entre les mots. Si votre enfant préfère une police « dys », il peut l'utiliser : elle ne gêne pas, mais elle n'apporte rien de plus à espacement égal.

Les livres adaptés aux dyslexiques valent-ils le coup ?

Ils peuvent aider s'ils offrent un vrai confort de lecture : espacement, taille, lignes courtes, texte à la portée de l'enfant. L'étiquette « dys » ne suffit pas ; regardez la page avec votre enfant et faites-lui essayer avant d'acheter.

Écouter des livres audio, est-ce tricher ?

Non. Les livres audio ne remplacent pas l'entraînement à la lecture, mais ils donnent accès aux histoires et au vocabulaire. Une étude de 2010 chez des préadolescents et adolescents dyslexiques a même observé plus de motivation et une meilleure précision de lecture après 5 mois d'utilisation.

Les syllabes en couleur aident-elles à lire ?

Elles aident certains enfants à découper les mots au début de l'apprentissage, mais leur effet n'a pas été mesuré par des études rigoureuses chez les enfants dyslexiques. Utilisez-les comme une aide temporaire, tant que votre enfant les trouve utiles.

Sources

À savoirCet article est informatif. Il ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un orthophoniste, seuls habilités à poser un diagnostic.